01/05/2013


Retrouvez deux auteurs du blog "Les égarés", 
Esther Kä et Khun San
dans la collection Confettis aux Editions Asphodèle. 

                      "Vers soi " -  Esther KÄ                                         "Le dernier rêveur" - Khun San
                     ISBN 978-2-918329-35-0                                            ISBN 978-2-918329-26-8



A commander chez votre libraire ou auprès de l'éditeur 



Prix de vente à l'unité : 2 euros.

Collection de 13 livrets avec Thomas Vinau, Cathy Garcia, Stéphane Prat, Guillaume Siaudeau, Marlène Tissot, Anne Julien, Jean-Luc Nativelle, Pierre Soletti, Jany Pineau, Thierry Roquet, Jean-Jacques Nuel






29/04/2013

Dors - 4 -


Dors petit enfant, dans le silence de tes morts. Dans la quiétude de mes bras retrouvés. Dans ton cœur qui s’est remis à battre. Dans ton sang chaud qui circule, dans ce corps fidèle. Dans cette danse des sept voiles, encore tremblante dans la lumière.

Dors si chère petite fille, nous nous sommes retrouvées enfin. Rejointe dans la matière brute de mon existence. Elle n’est pas bien parfaite, ou régulière, mais je l’entends rire à nouveau. Je retrouve sa légèreté et son originalité. D’avant sa lourdeur coupable et son sens aigu de la vie.

J’ai déposé mes tuteurs. Je vis.

Agathe Elieva © 
extrait de Dors

© René Burri





27/04/2013

Barcelone


Je n'ai pas vraiment été étonnée quand j'ai trouvé ce petit carnet, trouvé dans quel sens lui ou moi peu importe, il brillait sur la table d'un noir un peu moucheté, sous le soleil il apparaissait pailleté (le noir). La ville bruyait, le soleil et les parasols chauffants donnaient aux peaux des teintes rosées, il y avait des cheveux roux et un ciel bleu Klein, un peintre aurait probablement fait quelque chose de cette palette, moi je n'ai fait que saisir entre mes doigts le carnet à la couverture marron, parcourir ses petites pages en commençant par la fin. Des adresses, des numéros de téléphone, du beau monde, mort et vivant, quelques miettes et aussi des gouttes de café ça et là, d'un brun pas complètement désagréable.

A l'ami qui me rejoignait j'ai demandé avant même qu'il ne s'asseye :
- Et toi tu ferais quoi si tu avais trouvé l'adresse de Vila-Matas à Barcelone ?

Il a regardé fixement la ville qui défilait devant nous et au loin, et il a dit assurément rien, je me garderais bien d'en faire quoi que ce soit, en allumant une cigarette dans le coeur du parasol chauffant, je n'avais jamais vu ça. J'ai mis mes lunettes noires, tu m'excuses, il a hoché la tête et on est restés longtemps immobiles et silencieux pour ne rien ajouter à l'agitation de la ville.

Khun San © 
(A la verticale d'EVM)






17/04/2013

Gris perle


Lumière douce et tranquille, la flamme des bougies vacillantes joue avec ton sourire, j’aperçois la fossette enfantine, la courbe des joues, la ligne de ton cou jusqu’à ton épaule. Je me sens vieux et tu es fraîche. Mon âme aboie et hurle aux loups. Il n’y a que le Diable qui me réponde. Le seul à ne pas avoir peur de moi, de ma passion et de mes intransigeances. Je fuis. Comme toujours, comme jamais. Tu me souris et je ne me retournerai pas.
Non. Je ne me retournerai pas. Même lorsque ma nuque pique de mille aiguilles, je ne me retournerai pas espérant retrouver ta silhouette juste derrière moi. Mon corps ce carcan, comme une étoile morte de n’avoir pas su briller à tes côtés. Je ne le ferai pas au risque de voir s’écrouler en petits tas de sable mes espoirs et mon idéal enfuis. 
Je vais droit. Ma nuque raide et mes bras lourds, je me force à chantonner une musique hypnotisante. Un semblant de douceur dans l’univers brut qui m’entoure. Un reste de toi dans ma chair bringuebalante.

Agathe Elieva ©
(Orso - extrait)



14/04/2013

Souvenirs


Sur les quais de gare, les souvenirs défilent dans un halo de lumière transperçant nos vitraux encrassés et usés. Des armures d'ombres errantes, dont l'acier poli scintille de manière fugace sous le regard, s'esquivent par des escaliers écorchés et se perdent dans d'obscurs souterrains surpeuplés.  

Le train est passé. 
Esther KÄ ©






10/04/2013

57° 45' S

je loue trop de rêves
demain je me rends
à l'ivresse ordinaire
Khun San ©

© Ken Merfeld





07/04/2013

Virage


On apercevait la longue chevelure de Lune voletant autour de ses épaules délicates. Elle allait et venait dans les reflets du feu, murmurant une prière à l’ordinaire. J’aimais Lune. C’est ainsi et n’y peux plus rien changer. Les arabesques de ses cheveux m’emportaient dans une farandole mystique. La flamme étincelle son cœur, fait miroiter son âme. C'est une histoire de chair et de brûlures. Qu'importe que le temps ait compté. Nos peaux consumées ont vibré dans l'air.

Agathe Elieva ©








23/03/2013

Lunettes noires


Entre la vie et moi il y a un nom. 

Un nom comme un autre puisqu'il marche, bande, dévore, regarde, parle, hurle, angoisse, rit, dort, rêve, admire et existe, fantasme, flâne, craint, panique, imagine, caresse, devine, divague, croit, médite, fabule, respire, écrit, déborde, pleure, boit, passe, trépasse et revit, poursuit, lit, souligne, griffonne, marmonne, ballade, ment, répond, fait des vagues, dit la vérité et met ses lunettes noires.

Khun San © 

20/03/2013

Variations - 2 -




La vie, les espoirs, les rêves et la pureté éphémères du bord du monde.

Esther Kä © 
album Traces



17/03/2013

Dors - 3 -

ll brume, il bruine,
le halo peine à venir ;
continuer à guetter,
le veilleur -
un œil se ferme,
il nous faut tenir,
une enjambée
encore -
une,
dernière.
Agathe Elieva © 
extrait de Dors

peinture de Francis Bacon (1953)





14/03/2013

La nuit

La nuit ma compagne
Son jeu d'étoiles
Desseins noctambules
Caressent la lune
Esther © 

© Arthur Siegel


10/03/2013

il(e) - 26 -


Cueillir la menthe, en froisser les feuilles, compter jusqu'à la tombée du jour,
bleu nuit,
l'odeur du soir dans la charmille alentour,
valdinguer la ramure malgré l'enclume
des combats,
vain,
celui de ses charmes.

Coutelas de ses lèvres, silence.
Agathe Elieva © 
extrait de il(e) - choeur n°4







28/02/2013

Tuer l'auteur (extrait 6)


Vous êtes à la terrasse d’un café, un autre pour une fois, et quelqu’un étale une crème solaire au monoï sur vos fragments de chair rosée qui débordent du parasol sous lequel vous êtes installé. 
Vous laissez votre regard suivre son cours, et soudain vous rêvez de l’enfiler, ce maillot improbable, pour crawler avec mollesse dans le canal, échanger quelques bulles ou déclamer du Prévert avec les poissons urbains, lesquels, dans la ville de l’envers, assistent au spectacle toujours renouvelé des glaces aux mille parfums qui vacillent sous les jupes des filles. 
Au lieu de ça vous contemplez votre désert ambulatoire, tous ces gens, ces voix, ces pixels, et vous esquissez un vague sourire glamour... 
Aujourd’hui vous êtes une star. 
Tous les mots les silences les écarts les poils de nez les soupirs les ridules les cheveux qui devraient y être et n’y sont plus l’impatience le génie les détours les commissures les nuits les lignes les tics les yeux dorés les doutes les personnages les femmes la folie les outrages le soleil les rêves les morts les plus les autant les enfants pas nés les délires les désirs les pourquoi les enfers les rires les toujours, les aujourd’hui, sont ici, à cette terrasse. 
Tout ça sera demain marqueté sur bobine, impitoyablement ; vous auriez été mieux à l’ombre des jupes en fleurs.

23/02/2013

Dors - 2 -


Parfois il y a une pluie, une route, la pluie sur la route, plusieurs fois le même trajet, la même route.
Lasse, un ton, un mot, plusieurs fois le même, un mot de trop, comme une goutte, de trop, déborde. La tête déborde, au bord du cœur, glisser. Oui, glisser.

Agathe Elieva ©
extrait de Dors

© Friuli Giulianao





21/02/2013

53° 28' S

élastique en coupe gimmick
je ronge votre temps
aux armes du sextant
Khun San ©


© Hajek Halke



16/02/2013

Filaments

le bleu du soir, montagne,
air en escalier,
souffle

souffle sur les filaments de nuage
les pissenlits de neige,
marches de brume

brume enlacée
les ombres des anciens
volètent sur la margelle

les fils nus
attendent son retour
vides au gré du temps.

Agathe Elieva ©











13/02/2013

Tuer l'auteur (extrait 5)


Vous ne pouvez pas faire l’amour à une femme sans avoir vu ses pieds, c’est comme ça.
Vous détestez les pieds compactés par les chaussures en pointe qui les font ressembler à des triangles isocèles aux arêtes trop bien dessinées, vous avez en horreur les orteils noueux et d’une longueur à s’en emmêler les phalanges (pied grec à ce qu’on dit), vous ne pouvez amorcer l’évocation de cors, oignons et autres excroissances potentielles sans défaillir,
et les pieds bots, alors là, c’est de l’effroi en mode brut.

Parfois vous pensez à Gimpei ; ce roman, dont il est le héros aux pieds abjectement déformés, vous ronge, et l’idée que ce livre se trouve entreposé quelque part dans votre bibliothèque, agglutiné peut-être à d’autres, qu’il se cache de vous et vous nargue de sa feinte disparition, ça vous anéantit.

Vous avez une grande admiration pour le réalisateur du film « Histoires de pieds » qui a pris les choses par le bon angle, casting et pédicures impeccables, un grand moment dans la marche du cinéma.
Alors aujourd’hui, quand vous surfez sur les pages de toutes celles qui laissent des commentaires sur vos lignes, et parfois entre, vous regrettez que ce talentueux réalisateur n’y ait pas fait quelques rushs exploratoires avant votre passage.

Et les vôtres, de pieds ?
Parfaits, ils sont parfaits.
Khun San © 

10/02/2013

Dors - 1 -


Quelques plumes laissées çà et là sur l'asphalte des rues
tombées on ne sait de quelle aile déployée -
nous avions cru surprendre un murmure léger,
l'échouage de notre barque peut-être -
au fond de cette eau bleuie par le froid
nous nous sommes approchés,
effleurés la paume de nos mains engourdies.
Caressés par le sillon du cygne,
tu, je étais peut-être,
je ne sais : les larmes m'ont brouillé la vue.
Trois pétales distincts furent recueillis à cet endroit précis,
carminés.
Le prix de sa vie.
La somme de ses jours.
L'or des lueurs ombre le duvet laiteux,
dans l'air, juste scintillent nos âmes,
orkestra de nos piliers réinventés,
aimés.
Agathe Elieva ©
extrait de Dors






29/01/2013

"La houle solitude"


Parfois le vent souffle au crépuscule – silencieuse, puissante et profonde, c’est la houle solitude, ma muse. Dans un interstice du voile qu'elle soulève, je devine une lueur opaque tout au bout de toi, comme un horizon diffus et lointain. Le jour se faufile malicieusement comme un chat dans cette lumière qui décroît. S'estompe alors l'image et les chuchotements, les odeurs et les saveurs des bords de toi. Mais le souvenir du vent, lui, ne s'en va pas. 
La muse avec son âme lourde braquée sur mes tempes me demande souvent - "Qui j'aime ?"
Personne probablement, personne d'autre que le vent qui souffle en elle...

Esther KÄ ©
(extrait de Diagonales)

© Janusz Miller




27/01/2013

Tuer l'auteur (extrait 4)


Vous avez reçu ce matin (dans un alléluia ravi) un mail de votre fan. 
C’est intitulé : « votre dernier livre ». 
Vous tournez autour du courriel pendant quelques heures. 
Comme vous voulez vous déployer encore un temps dans l’illusion que celui-là sera aussi élogieux que les autres, qu’elle a adoré votre livre, vous décidez de le laisser en attente, le temps de vous préparer à son éventuel contenu. 
Si le mail est admirateur, mais sincère, vous offrirez à votre fan le ravissement d’une rencontre avec votre personne. Conscient que vous surjouez un peu, vous passez de ravissement à potentialité, réalisant qu’elle n’a jamais manifesté le souhait d’une entrevue, et puis, peu importe, vous quittez votre banc à grandes enjambées pour rentrer chez vous et l’ouvrir, ce foutu mail. 
En passant sur le pont X, vous ne voyez pas le regard implorant que vous adresse le kamikaze, à vous, ce dernier zeste d’humanité susceptible de le sauver du pire, vous ne voyez rien, barricadé que vous êtes dans votre gangue de désarroi sur laquelle se fracassent ses ultimes inspirations convulsives, qui le renforcent, lui, dans ses barbares certitudes. 
Arrivé chez vous, devant votre ordinateur, et dans la fébrilité des moments graves (puisque c’est cet instant exact que choisit le kamikaze pour se jeter dans la Seine et offrir à Paris son plus ample tsunami), vous cliquez compulsivement sur le mail de votre fan, lequel disparaît tout à coup, vraisemblablement emporté par la vague. 
Et, alors que les bords du fleuve sont engloutis par les flots, vous laissez glisser sur votre canapé en velours marron ce grand corps prêt, lui aussi, à se désagréger.

Khun San ©

20/01/2013

il(e) - 25 -


- broder, griffer, racler, 
la matière d'une forme 
qui n'émerge pas -

Paralysie de ce visage dont les yeux ont capturé toute l'horreur et l'insignifiance, toutes ces sommes d'impuissance qui scandent et martèlent. Que se fendille ce vernis de parade, cette foule friable sans conviction autre que le gain, sans craindre d'en être l’appât.

Agathe Elieva © 
extrait de il(e)

Francis Bacon (autoportrait - 1971)




14/01/2013

Tuer l'auteur (extrait 3)


Vous aviez une fan, en réalité vous en aviez plusieurs, même un certain nombre, puisque vous vendiez des livres, et parfois beaucoup d’un même exemplaire. 
Mais cette fan-là était plus assidue que les autres. Elle vous envoyait quelques phrases enjouées et savoureuses suite à la lecture de chacun de vos livres, et à chaque fois vous laissiez serpenter, avec une jouissance non dissimulée, ses mots duveteux le long de toutes les facettes de votre ego. 
Vous vous montriez parfois curieux à son égard, casiez, mine de rien, un petit « ? » entre deux mots, deux signes, mais elle se planquait sous une forme très contemporaine de burka virtuelle. 
Vous en aviez déduit qu’elle pourrait n’être qu’un fake, vous avez même pensé un moment que votre mère, votre sœur, un ami, voire votre éditeur, soucieux de votre bien-être, pouvaient être les auteurs de ces textes apocryphement laudateurs. 
Mais, parce que vous le vouliez bien, vous accordiez le bénéfice du doute à son existence, du moins d’un point de vue tautologique. Alors, quand elle a disparu sans vous avoir rien écrit sur votre dernier livre, ni même envoyé un poke sur Facebook, forcément, ça vous a inquiété. 
Là, chez vous, devant votre écran, vous êtes bien tenté de tapoter quelques mots à son intention, pour retisser le contact, savoir enfin, mais. 
— Vous ne vous connectez plus ? 
— Vous n’avez plus le droit de vous connecter ?

Khun San ©

12/01/2013

il(e) - 24 -


La ville sale imbibe mes vêtements, m’enveloppe de ses doutes, incinère mes ferveurs. J’en appelle à la clémence, mais visiblement, pas assez fort, pas assez valable, trop. Je suis un bidule entre ses doigts acérés, une image mal fichue où deux, trois bouts de ciel se reflètent quelques fois. Un ciel ouvert recomposé à l’envie, disponible et offert. Ma tenue de chair explose à la face de leurs craintes, cratères abjects, lambeaux pullulants de venin et de poison.

Agathe Elieva © 
extrait de il(e)

© Elena Oganesyan




07/01/2013

"côte à côte seul à seul & peu à peu"


a vécu un joli été
loin de la ville
– pluie d’étoiles d’août –
a cru que l’été dure toujours
n’a pas aimé être contredit
par l’arbre & la feuille
a reniflé en quittant le merle
a plongé dans le sillage du sommeil
a dormi sous la lune rêveuse
– les enfants connaissent ce flottement juste avant d’embrasser un visage nouveau –
a vu des êtres occupés puis enterrés
côte à côte
seul à seul
& peu à peu
a compris
qu’ils étaient n’étaient pas étaient & plus moins plus

Claude Chambard © 





Le blog de Claude Chambard : Un nécessaire malentendu

05/01/2013

"Le dernier rêveur" (extrait)


Oj est un homme dont la laideur vous bouleverserait.
Il marche, et autrefois c’était dans ce balancement du corps que les mots venaient fracasser ses tempes, violer ce quelque chose d’étonnamment vulnérable qu’il devenait au contact des histoires.
Il sortait de ses poches des petits papiers et sur un banc, un mur, une boite à lettre, sur toutes les aspérités de la ville, et griffonnait ce que le sens du mot suivant lui dictait, une petite musique de l’hommage.
S’il a eu du succès ? Il le dit alors croyons-le, ça l’a aidé à vivre, à dompter la folie. Dompter n’est pas le mot juste, sa folie n’est depuis longtemps plus sauvage, mais apprivoisée et c’est peut-être la pire. Deux ans que les mots ne le traversent plus, ne s'abiment plus en lui pour s'y perdre et vibrer, et pourtant c’est l’homme des commencements, il m’avait confié un jour n’avoir jamais été amoureux longtemps.

Khun San © 

02/01/2013

Eclats - II -


Depuis plusieurs jours, ce sont les couleurs qui m’ont nourrie. Une faim de dévoration, j’ai esquissé quelques ornements rouge tomate dans le vert de la roquette, me suis enivrée du bois d’olivier et de ses veinules, coloré mes chances comme autant de bols à merveille. Comme un adoubement, j’ai lancé une poignée de confettis multicolores, une kyrielle de souhaits et de petites notes pour chaque jour qui s’annonce maintenant. C’est un début.

Agathe Elieva ©






28/12/2012

Eclats - I -


Pimprenelle ou les vestiges d’une civilisation vidée de sa substance. Je prends le soleil, je regarde les pousses du chèvrefeuille, et me souviens du parfum du jardin printanier. Il me manque un support, une figure, il me manque la voix aimée – encore ce manque. Le soleil me fait plisser les yeux, petites rides creusées au jour le jour, je pense à sourire - oh pas à toi non, à une présence particulière, non, je pense à sourire dans l’absolu. Voilà ce qui m’éclabousse : l’absolu. L’absolu et la mémoire.

Agathe Elieva ©






20/12/2012

Tuer l'auteur (extrait 2)


Vous revoyez la fille sublime parce que vous vous êtes donnés rendez-vous à la terrasse de votre café préféré. 
Après des premiers mots spartiates et éthérés comme il se doit : 
— Elle va bien ? 
— Elle va plutôt bien, et lui ? 
— Pas trop mal non plus. 
Même si vous êtes un peu amoché aujourd’hui, vous ne voulez pas paraître grincheux et plomber l’ambiance. 
—Café ? Thé ? Coca ? Qu’est-ce qu’elle prendra ? 
— La même chose que lui (au fond elle s’en fiche). 
— Alors deux thés verts, s’il vous plaît ! 
Elle pose son grand sac, duquel émerge une forme à quatre angles carrés juste à côté de vous, et elle en profite pour, à nouveau, jouer de sa langue sublime avec la vôtre, dans un subtil macramé bucco-palatal. 
Vous sentez votre érotogramme qui frétille, cette fille va finir par vous convaincre de lire son texte, de le préfacer, voire de le publier, et sous votre nom s’il s’avère bon. 
Vous plantez un œil dans les siens et laissez glisser le second sur la couverture du présumé manuscrit, mais vous ne déchiffrez rien d’autre que le nom d’un pays bien trop lointain pour vos éphémères envies d’ailleurs, alors vous revenez bourdonner entre ses deux seins. 
Ce soir, pour une fois, lorsque sur le chemin du retour les vitrines vous renverront votre reflet, vous ne penserez pas à cette phrase d’Andy Warhol : « Il faudrait toujours être très bien maquillé quand on meurt, sinon il faut se faire incinérer ».
Khun San ©

© Hans Mauli




17/12/2012

il(e) - 23 -


La rumeur des vies circule, incessante, le vent peine à adoucir le verbiage, je ne voudrais plus rien entendre que mon souffle, ta paume, et le temps qui vient. Sans aucun mouvement obligé. J’ai de la chance tout se confond dans ce ciel d’argent, tout s’y noie. Je ne fais qu’apercevoir la lumière, à la surface, ailleurs. Il n’y a même plus de larmes, de rancœur, de palpitations quelconques. Il n’y a plus de pincement ou d’envie. Je suis eaux profondes, m’évapore, ma forme fluctue suivant le mouvement de ton corps, tes bras, tu plonges, je m’écarte, t’englobe, je suis le ciel et ses vagues, je m’échappe et glisse lorsque ta main brasse, tes cuisses battent l’écume, je ne suis rien, tout, je ne vis plus. J’ai de la chance, la lumière effleure les flancs de ma peau, je ruisselle, je ne pleure pas, ce sont les gouttes d’eau qui scintillent au soleil.
Agathe Elieva ©
extrait de il(e)

© Milan Borovička




15/12/2012

Tuer l'auteur (extrait 1)


Vous vous affublez de ce velours élimé parce que vous avez observé une coïncidence étrange : lorsque vous le portez à une soirée, il y a des filles sublimes. 
Vous n’avez aucune explication. 
Le seul hic étant que, tout grand écrivain que vous soyez, le port dudit pantalon décourage les filles sublimes de partager votre contiguïté. Mais ce soir c’est différent, vous êtes drôle, ensorcelant, et l’une d’elles vous enduit d’une avidité palpable. Il faut dire que vous vous arrangez pour être toujours face à la fille sublime, vous êtes conscient que le pantalon vous nihilise le fessier. 
(Vous ne pouvez empêcher les vaguelettes de défiance de déferler sur votre émoi, et si elle cherchait tout bêtement à vous courtiser pour vous fourguer un manuscrit ?) 
Quand elle vous demande si vous voulez la raccompagner chez elle, vous vous faites un peu prier mais finissez par accepter, et, lorsqu’elle fourre sa langue sublime dans votre bouche, vous n’avez plus aucun doute, elle va vous proposer de monter boire un dernier verre. 
Vous refusez tout net car vous n’êtes pas disposé à l’écouter vous vanter les qualités d’un texte vraisembla­blement nimbé de rebattu. 
Sur le chemin du retour, vous lancez une pierre dans l’eau du fleuve, et le caillou ricoche sur un rien, mais pas tout à fait, d’incertitude, et si la fille sublime avait du talent ? 







12/12/2012

il(e) - 22 -


Dans l'ombre de l'ombre, reste le souvenir d'une fulgurance possible. Le murmure de l'enfant - celui-là même qui, seul, interrogeait, l'absence dans le miroir. 
Je n'ai que faire de leur regard en coin et de la morsure au bord de leurs lèvres. Ma seule acceptation être en vie. Ma seule routine dérouler mon pas. Ils ne m'ont pas abattue. La nuit est ma couleur. Dans l'ombre parfois, au pied de tes racines que je ne connais pas, on peut entendre une litanie rauque chuchotée : l'enfant s'endort baigné de larmes, il scande "je suis digne d'être aimé, je suis". 
Me reconnaîtrais-je enfin dans ce miroir que je ne traverse pas ?

Agathe Elieva © 
extrait de il(e)

© Evgeniy Platonov




10/12/2012

Le baiser de la Lune


A l'heure du crépuscule qui éclot,
l'azur exalte la pulsion de la sève,
c'est l'aube du clair-obscur qui s’élève 
avec ses émois de rosée dans son halo.

Comme un sein glissant sur les lèvres,
la Lune montante est pareille 
au baiser du soleil qui ruisselle 
sur la chair frissonnante des ténèbres.

Sa volute offerte et irisée
enlace les âmes embrasées 
par la caresse de la nuit.

Esther ©


© Alin Ciortea




08/12/2012

X fragile


Il est séduit. Elle ne le connaît pas et puis s'en fout. Il patiente, les mois passent, il sait qu'il se rapproche. Elle part en vacances avec un autre, il la regarde, elle ne le voit pas et fait l'amour avec l'autre devant la mer. Il convoite. Elle rentre. L'autre disparaît. Il est de plus en plus près, elle est triste. Il est à sa porte, il sonne et prend l'ascenseur (celui qui peut contenir à peine 3 personnes). Elle ouvre. Il lui dit je t'aime, et le temps. Elle est surprise et ne ressent rien. Ils prennent un café. Il rentre chez lui, elle se couche. Il lui redit qu'il l'aime, souvent, il la console. Elle le regarde. Il n'est pas laid, ni beau. Elle s'habitue à lui, sa présence. Il vient la voir dès qu'il le peut. Elle se laisse embrasser. Il est heureux. Elle n'en sait rien. Il dort parfois chez elle. Elle commence à aimer ça, et lui donne la clé de son appartement. Il dit qu'il va divorcer. Le temps passe. Elle s'inquiète. Il vient moins souvent. Elle l'appelle. Il ne peut pas parler. Elle recompose. Il chuchote qu'il rappellera quand il pourra. Elle attend. Il dispose. Elle tourne en rond. Il s'occupe de ses enfants. Elle reproche, il n'aime pas ça. Elle s'interroge. Mais si, ça prend juste un peu de temps. Encore une saison, et une autre. Il divorce sans hâte. Sauvagerie de la lenteur. Elle pleure, il est agacé. Elle se suicide tous les soirs, hurlements, vociférations. Il disparaît dans les pilules bleues. Elle augmente la dose, il est puissant. Elle dit qu'il va changer. Elle vit parce qu'il existe. On pourrait croire qu'il s'en fout. Elle coupe, il est toujours aussi loin. Elle coupe avec de vraies armes. Il se dit zut. Elle a laissé la clé sur la porte. Eh, c'était pour de faux, le vide ! Elle n'est pas là. Il attend un peu. Votre correspondante n'est pas joignable. Il s'inquiète. Elle finit par décrocher. Il supplie. Elle se méfie. Il parle, c'est contextuel, difficile, le divorce. Elle hésite. Plusieurs jours, il parle, il explique. Elle dit viens. Ils font l'amour. Elle aime encore son corps, mais. Il dit la date de la première audience. Elle tente de sourire. Il demande si elle est heureuse, elle dit oui. Il l'embrasse, veut partir en vacances avec elle. Elle dit oui. Il est souvent maladroit, mais pas de cette maladresse qui enchante. Elle ne prend plus de petites pilules bleues. Il s'inquiète du divorce, de ses enfants. Elle comprend. Il dit parfois, je divorce pour toi. Elle n'aime pas ça. Il insiste. Elle chuchote mentalement que c'est faux. Il s'étonne. Elle regarde les hommes, il dort. Elle change les serrures. Il est dans l'ascenseur, elle oublie demain. Il ne comprend pas pourquoi le clé ne tourne plus. Elle écoute. Il toque, frappe. Elle regarde un film, Bollywood. Il tambourine. Elle n'entend pas. Il menace. Elle s'en fout. Il part. Elle s'en fout.

Khun San ©
(extrait de L'encyclopédie de l'échec sentimental)

© Bernard Plossu





05/12/2012

il(e) - 21 -


Je voudrais être de l’autre côté, là où les sens se calfeutrent sous des feuilles d’or, à l’abri des abysses et des tempêtes sourdes. Où le temps n’est plus rien, même plus ce raisonnement d’homme enchainé. Avoir le mal de l’Homme. Noyé dans ses turpitudes, il devient azote. Oui, absolument, azote, privé de vie. De l'autre côté, dénudé, juste dans sa fragilité. Vivant.

Agathe Elieva © 
extrait de il(e)

© Sarah Moon




04/12/2012

27° 07' S

on ne saura jamais
de tous ces reflets
où était le coeur
Khun San © 

© Hajek Halke





02/12/2012

Il court, il court...


Il court, il court dans l'espace-temps. Il n'en connaît pas précisément le but, ni les fondements, l'unique information qui lui a été communiquée dans un souffle le propulsant dans le néant, s'est résumée en un seul mot : « Vis ! » 


Depuis, il a appris à se mettre en mouvement tout en coordonnant chacun des ses membres par téléguidage aux sons des voix de son esprit. Il voyage dans une armure toute cabossée et au vernis usé par le fil des années, mais d’un pas chaque jour plus avertit, il court, il court avec insouciance des lendemains, cette insolence de ne jamais se retourner, ni même songer à modérer cette course effrénée, parce qu’il n'a été programmé que pour une seule destinée : la Vie. 



Un matin d’octobre 2038, dans un communiqué cyberespace il apprend que l’origine de son souffle vient de quitter la terre - destination : l'autre monde, l’univers d’après. C'est alors qu'en rejoignant la frontière pour un dernier « ad aeternam », ses champs magnétiques perdent leurs repères, ses boussoles génétiques s’affolent, il perçoit d'étranges battements qui résonnent si fortement dans sa cache thoracique que ses entrailles se déchirent, mettant en lambeau toute la mécanique de ses certitudes, le projetant ainsi dans l’abysse du néant où son esprit perd tout équilibre, son corps vacille le plongeant dans l’abîme du chaos. Pour la première fois de son existence, il prend conscience que sa voie, son souffle, sa lumière, son essence originelle viennent d’atteindre la « deadline » et comprend que sa course frénétique ne fut guidée que par son incapacité à imaginer l’inéluctable ou encore son refus à se préparer à rencontrer un jour l’évidence : « du temps qui nous rattrape ».

Esther Kä © 


© Esther KÄ





30/11/2012

il(e) - 20 -

Sous terre, ma peau 
nue. 
Mise en - 
abîme, 
dénuée de
sens. 
Ailes. 
Il et lui. 
Incandescente dé- 
marche 
vers 
l'insert 
de ta
nuit.
Agathe Elieva © 
extrait de il(e)


© Yuri Pritisk





27/11/2012

32° 39' S

tout ce souffle tout autour
c'est un soir de peau
la chair du monde

Khun San © 

© Vasilij Klatt



24/11/2012

il(e) - 19 -


Dans le café de Sam, il y a de grandes glaces comme dans les brasseries parisiennes. Ce pourrait être une photo de Willy Ronis ou de Doisneau. Sam d’ailleurs, a grandi à Belleville. Puis la Zone Libre, le Maquis, cistes et pierres blanches. Son café comme un abri, « où brillât la douceur de son premier serment * ». Il y a l’odeur du café le matin, toute une panoplie d’allongés, de serrés, croissants miettes et papiers de sucre semés sur le carrelage, petit format, couleurs indéfinies. Teintes de dizaines d’années piétinées. Scander le tempo des secondes voilà une activité sans âge. L’impatience à freiner l’heure de rentrer chez soi ou d’aller travailler, de ne pas remettre son tablier. D’aller retrouver sa femme, son couple, la figure imposée, ses enfants que l’on se doit de chérir. Les pieds se traînent et rognent le bois des tabourets, le comptoir devient la piste de l’ennui et des regrets, des serments que l’on se fait, que l’on ne tiendra pas. 
Le café, décor du petit matin, de l’aube qui pointe, ces ciels chaque jour recommencés. La nuit qui avance, se tait, n’attend pas, ces voix progressivement plus sonores, plus aigües, ce rire ou ces pleurs qui débordent. Un poing parfois, une rancune, des jalousies, toutes ces envies larvées qui éclatent là, au détour d’un verre de Chardonnay, une mauresque, une pinte. Chez Sam, c’est le café du presque bout du monde. Et ta moto Arno, t’a déposé là un jour d’orage. 

Agathe Elieva ©
extrait de il(e)
* Baudelaire, Don Juan aux Enfers 

© Sabina Abubekirova




21/11/2012

Avant la chance


C'est une chambre calme. Un bleu qui transpire comme s'il était à cet endroit précis la seule couleur possible. Une chambre qui s'impose dans mon paysage mental de lignes sans courbes. Je ne fais pas rien comme on me le reproche souvent, dit avec le sourcil qui se désolidarise de l'autre, mais j'attends, ou plus précisément je bivouaque dans l'idée de l'attente. Le gris de l'air en cette saison, les fines gouttes, ne cessent de faire l'aller-retour entre le sol, le ciel et le plancher de la chambre bleue sans parvenir à retoucher la couleur. Dans cette rue étroite du vieux quartier, ma seule vision est horizontale ou à peu près, limitée à mon étage, c'est idéal pour celui qui se veut dans le temps du rien, ni passé ni futur, juste un présent qui ne cesse d'être, simplicité ritournelle de l'instant.

Khun San ©

© O.S.O.T.T.




19/11/2012

il(e) - 18 -


Le monde dort, je me laisse deviner. Ombres arrachées au ciel, nous découpons l’espace cru de nos traces, mouvements, en intraveineuse de lumière et d’éblouissements. Le monde dort, bientôt, ma main ne tremble plus, elle trace dans l'air le sillage de ta peau.

Agathe Elieva © 
extrait de il(e)

© Esther KÄ




17/11/2012

La brume

La brume est venue
à la déconvenue,
des larmes de pluie semer
à l'orée de la pensée.

L'âme du voyageur,
happée par le tourmenteur,
se fond dans une nature mue
aux rencontres ambiguës.

Se dessine alors le paysage solitaire
d'un chemin parsemé de pierres
et de songes évanescents
dans un sombre nuage déliquescent.
Esther © 


© Esther KÄ





12/11/2012

il(e) - 17 -


Le silence, là où nous aurons vécu. Et regardé absolument. Même la jalousie aveuglante. Même la vérité vaincue. Tout. Jusqu'à la terre ensevelie.
L'eau du Louvre. Un soir. Errer dans le silence du bitume. Chercher le souvenir des hirondelles. Cachées là, cour carrée. Un été. Ta main n'était pas si loin. La mienne te cherchait, elle te cherche encore, dans le gueuloir des silhouettes inconnues.

J'écris dans le silence de la maison, ils sont partis déjà, tous, j'écris là, le soleil du matin déchire mes murs, je me rassemblerai un peu plus tard, j'y arriverai, après, après l'eau brûlante et le miel, après. Comme le loup de la fable, je cours, je cours encore. Les marques des fers encore vives, les recherches vaines encore discutables, la pitance pour quelques caresses. Ma robe est sombre, elle tente d'affadir l'éclat du jour qui est là. Elle ne gagne pas. La lumière m'engloutit, m'absorbe. Je voudrais m'y consumer, devenir silencieusement une poussière de clarté, un souvenir aveuglant, une singularité d'un monde qui n'a pas de lieu. Ni de nom. Rien. La totalité de ma voix dans ce rien. La sauvage liberté de son empreinte dans cet espace que l'on ne signifie pas. 

Agathe Elieva © 
Extrait de il(e) 


© Alina Lebedeva




10/11/2012

Bangkok


Quand je suis dans un aéroport, il faut que je prenne un avion pour Bangkok, c’est comme ça je n’y peux rien. J’ai essayé de ne pas le faire, même une autre destination mais je finis toujours par déraper. Encore une fois je tente de résister, c’est mon exercice du jour, flâner dans les boutiques, les parfums, les odeurs, les foulards, l’électronique, mais moi ce que j’aime c’est la sueur, et je finis par acheter un billet. 

Passée la porte d’embarquement j’entends encore mon nom qui résonne dans tout l’aéroport, comme si je n’étais pas où je suis. J’attrape le bras d’une hôtesse, elle me regarde avec des yeux très allongés, couleur entre gris et orangé et étonnée par en dessus les sourcils. Je rajoute que si ma femme le sait, pour Bangkok, ça va encore faire des histoires. L’hôtesse ne répond pas, ne réagit pas. Je reprends mes propos, je poursuis avec des mots compliqués dans la phrase, qu’elle comprenne que je suis quelqu’un qui se sert de ses pensées pour en faire des livres.

Je finis par lui montrer ma carte d’embarquement, elle répond « je vois » et la voix continue à répandre sur les cochlées de qui veut bien l’entendre que je suis attendu à l’endroit exact où je me trouve. Je ne me dis pas « je deviens dingue », parce que je sais qui je suis et que le corps ne ment pas. J’observe mes doigts, plus court que ce que j’aurais voulu qu’ils soient, mes grands pieds, et je contemple également les poils de mon torse. La femme en uniforme, avec un chapeau monté d’un voile qui lui cachera le visage quand elle escalera son joli cul dans l’aéroport d'Abu Dhabi, me voit, elle, tout entier. Je ne suis pas sûr que ça me rassure, et une goutte se forme, impeccablement ronde sur le front, sillonne les plis de mon nez, s’arrête sur le menton, hésite, se suspend à ce qui pousse chaque jour quand la lame du rasoir n’y passe pas, puis lèche le cou furtivement et descend vers la ceinture, arrêtée là, j’aurais du serrer moins fort, le dernier cran c’est jamais bon pour personne. 

Alors je me concentre sur la goutte et je passe à la ligne, je suis arrivé à Bangkok, j'embrasse l'humeur poisseuse, je revis, l'hôtesse a ôté son voile et les lumières de la ville agissent sur moi comme des algues urbaines. 

Khun San ©


© Esther KÄ