01/09/2012

Echec sentimental, 2012ème


Ca s'est passé comme ça, exactement comme ça.
J'aurais aimé vous raconter une histoire plus gaie. Une histoire qui finirait mal comme dans un film de Woody Allen, on en aurait ri sur un banc de Central Park avec des bagels et les miettes qui floconnent les visages sur un air de jazz.
Alors voilà ce que j'ai vu. Il était tard mais n'allez pas croire aux insomnies. Un soleil nocturne éclairait le quai d'une lumière blanche et vague, et l'eau ruisselait vers le coeur de la terre. J'étais là comme j'aurais pu être ailleurs, vivante si on y croit, les yeux ouverts sur l'instant d'avant qu'il ne passe quelque chose. De loin j'ai vu l'ombre, allongée et lustrée, rampante sur sol noir. Elle avançait lentement en danseuse de butô, et étirait le paysage à la limite du mouvement. Il y a trop de mots et pas assez de blancs pour décrire la lenteur, les caresses aux murs, à la chair de la ville à l'intérieur disparition, l'enroule et jusqu'à plus rien, retour fragments, en lignes de gris.
La silhouette au bout de l'ombre s'est assise sur le banc, l'ombre partiellement. De courtes jambes allongées à côté du corps, le bassin vertical, et le haut dans une flaque, les bras écartés, le chapeau fondu au visage. La silhouette était immobile et l'ombre esquissait de temps à autres une vague ondulation, un spasme léger qui mourrait avant de contaminer celui ou celle qui restait assis sans bouger. J'ai allumé une cigarette que les yeux ont fixé un instant qui n'a pas duré plus que le reste, l'eau change le rouge en gris. Alors le corps s'est levé et a fait quelques pas sur le trottoir, a hésité et repris sa marche. L'ombre est restée sur le banc, alanguie toujours en découpée, à peine un spasme un peu plus rauque au départ du corps, à mon tour j'ai hésité. J'aurais bien suivi bien la chair en marche, jusqu'à là-bas ou peu importe, comment elle parcourait la ville, est-ce qu'elle faisait ricocher des pierres sur le fleuve. J'ai choisis le banc, me suis approchée par le côté resté libre, et installée sur le bord en évitant tout contact avec l'ombre. La cigarette entrait et sortait machinalement de mes lèvres, et l'ombre a fait de même. Je lui ai précisé que mon humeur était loin d'être joueuse. Elle a dit les habitudes sont réelles et je n'ai pas insisté, on était le premier de l'an.

Khun San ©



© Les égarés


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