11/09/2012

Variations mécaniques


Texte de Khun San, lecture audio par Hervé Pizon


Ca commence comme au cinéma.

Deux personnages dans des couloirs sans âme, une femme dont l'épaisseur des cheveux empêche de voir les pensées, un homme dont les pensées ont depuis longtemps abandonné l'idée d'indulgence.

Ils avancent tous les deux, d'une manière qu'on pourrait croire décidée vers les portes du même ascenseur, appuient sur les boutons au même moment, et au regard qui cherche la sortie dès qu'il croise celui de l'autre, on devine qu'ils se reconnaissent.

L'homme se plie au bonjour, comment vas-tu ?

La femme avale un bonjour idem, comment elle va elle n'est pas vraiment sûre d'avoir envie de lui raconter, là, entre des miroirs, les lumières qui rendent la peau orange, et le choix d'étage à faire. Il va plus haut qu'elle, alors ça monte et à chaque niveau la porte s'ouvre, un gamin aura révisé ses connaissances des chiffres avec ferveur.

- C'est agaçant...

Et elle regarde le petit rictus au coin de sa lèvre quand il parle, la commissure gauche ça lui arrondit la joue de ce côté, c'est très troublant. Et elle se demande si l'embrasser le ferait taire, il a les mêmes chaussures qu'il y a un an, sûrement confortables mais ridicules, elle s'approche de lui sans un pas, juste par le haut du corps et lui continue de marmonner entre les poils d'une barbe plus que naissante. Quel étage serait le plus approprié, elle hésite et s'apprête à accrocher ses yeux aux siens, couleur vague, entre vert et marron, seule l'intensité compte.

Au sixième une personne entre dans l'ascenseur, il ne dit plus rien.

Au onzième la femme sort de l'ascenseur, dans un au revoir qui a du mal à franchir la barrière des dents. Elle marche lentement sur la moquette du couloir, demain elle appuiera sur le même bouton, peut-être.

Demain.

L'homme sera peut-être mort.
Khun San ©
(extrait de L'encyclopédie de l'échec sentimental)





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