14/10/2012

Brouillard intime


Nous vivons dans une juxtaposition souple, une surimpression circonstanciée dans cette grande maison à l'est de l'île. Il coupe les tomates en rondelles et je hache le basilic, quand je l'ai rencontré il avait laissé sous-entendre des antécédents. J'espérais boucher, l'idée suscita quelques fantasmes, ses jolis doigts presque féminins plongés dans des masses de chair, le sang et le tranchant des couteaux, j'ai jamais su précisément. 
Je continue avec l'application qu'on met aux choses pas complètement inutiles d'écraser les petites feuilles vertes dont l'odeur se répand dans la cuisine, j'avais un parfum autrefois : pamplemousse basilic. J. me demande si je l'aime. Pourquoi je ne t'aimerais plus, je dis en souriant. Il sort une autre tomate du frigo, estimant probablement que ça ne suffira pas, ce soir au repas nous serons deux. Pourquoi parler des choses qui existent. Je frotte les feuilles contre mes poignets, et quand je les porte à mon visage ça ne sent rien d'autre que l'odeur du chinois, alors je coupe encore plus petit les feuilles, qu'elles disparaissent avec le bruit du temps, ce soir il claque fort entre les lamelles des persiennes ; d'ordinaire il est posé sur cette île, comme un bibelot sur une aire de repos. J'écoute cette mécanique et regarde longtemps dehors, la mer est grasse. 
— Eh, tu viens manger ? Demande J. 
Et pourquoi je ne viendrais pas, la table n'est pas si loin. Il me fait boire, c'est ce qu'il croit, qu'il faut me faire boire pour me baiser. Il se trompe j'aime les deux, et je remplis les verres, et même on en rigole un peu. 
— Tu te souviens ? 
Je fais oui de la tête, ça a dû être puisqu'il en parle. Il s'approche, m'embrasse dans le cou, je ne dis rien alors il caresse mes seins puis en bouffe les pointes, m'attrape les cheveux, j'écarte les jambes. 
— Tu reprends un peu de vin ? 
Oui, et je le verse sur mon ventre, forcément il le lèche, enfonce sa langue et ça continue comme tous les soirs. Ce n'est pas si mal au fond, c'est juste qu'avec le chinois je jouis.

Khun San ©
(extrait de Encyclopédie de l'échec sentimental)

© Antoine d'Agata




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