02/10/2012

Mon jardin


Mes excursions les plus lentes sont celles destinées au jardin, que j'ai dépierré en soulevant un à un ces cailloux tombés de la murette effondrée. 

Pendant un mois entier je les ai charriés avec une brouette. C'est une activité mécanique étonnante dans sa répétition calme et douce. J'ai rempli deux fois la remorque que le voisin m'a prêtée. Ca fait près de quatre tonnes de cailloux. J'en ai eu le dos cassé pendant longtemps, les mains sensibles pendant des jours. Il faisait chaud, aussi.
C'est long, un mois. On prend des habitudes et l'avenir devient un présent éternel, un élastique qui s'étire. Puis, vers la fin, le temps s'est ramassé, il fallait faire vite pour arriver au plaisir de voir la terre débarrassée de ces scories, qu'elle puisse de nouveau porter des fleurs et des fruits. Il fallait aussi conjurer aussi le changement à venir, la rupture.

A la fin, j'ai construit de petits murets : c'était un accord que je prenais avec moi-même, comme si j'étais en train de tricher avec quelqu'un alors qu'il n'y avait que moi. Comme excuse, j'ai trouvé que c'était tout à fait raisonnable de séparer les fraises des tomates que je planterai plus tard à cet endroit-là.

Astrid Waliszek ©






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