10/11/2012

Bangkok


Quand je suis dans un aéroport, il faut que je prenne un avion pour Bangkok, c’est comme ça je n’y peux rien. J’ai essayé de ne pas le faire, même une autre destination mais je finis toujours par déraper. Encore une fois je tente de résister, c’est mon exercice du jour, flâner dans les boutiques, les parfums, les odeurs, les foulards, l’électronique, mais moi ce que j’aime c’est la sueur, et je finis par acheter un billet. 

Passée la porte d’embarquement j’entends encore mon nom qui résonne dans tout l’aéroport, comme si je n’étais pas où je suis. J’attrape le bras d’une hôtesse, elle me regarde avec des yeux très allongés, couleur entre gris et orangé et étonnée par en dessus les sourcils. Je rajoute que si ma femme le sait, pour Bangkok, ça va encore faire des histoires. L’hôtesse ne répond pas, ne réagit pas. Je reprends mes propos, je poursuis avec des mots compliqués dans la phrase, qu’elle comprenne que je suis quelqu’un qui se sert de ses pensées pour en faire des livres.

Je finis par lui montrer ma carte d’embarquement, elle répond « je vois » et la voix continue à répandre sur les cochlées de qui veut bien l’entendre que je suis attendu à l’endroit exact où je me trouve. Je ne me dis pas « je deviens dingue », parce que je sais qui je suis et que le corps ne ment pas. J’observe mes doigts, plus court que ce que j’aurais voulu qu’ils soient, mes grands pieds, et je contemple également les poils de mon torse. La femme en uniforme, avec un chapeau monté d’un voile qui lui cachera le visage quand elle escalera son joli cul dans l’aéroport d'Abu Dhabi, me voit, elle, tout entier. Je ne suis pas sûr que ça me rassure, et une goutte se forme, impeccablement ronde sur le front, sillonne les plis de mon nez, s’arrête sur le menton, hésite, se suspend à ce qui pousse chaque jour quand la lame du rasoir n’y passe pas, puis lèche le cou furtivement et descend vers la ceinture, arrêtée là, j’aurais du serrer moins fort, le dernier cran c’est jamais bon pour personne. 

Alors je me concentre sur la goutte et je passe à la ligne, je suis arrivé à Bangkok, j'embrasse l'humeur poisseuse, je revis, l'hôtesse a ôté son voile et les lumières de la ville agissent sur moi comme des algues urbaines. 

Khun San ©


© Esther KÄ




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