02/12/2012

Il court, il court...


Il court, il court dans l'espace-temps. Il n'en connaît pas précisément le but, ni les fondements, l'unique information qui lui a été communiquée dans un souffle le propulsant dans le néant, s'est résumée en un seul mot : « Vis ! » 


Depuis, il a appris à se mettre en mouvement tout en coordonnant chacun des ses membres par téléguidage aux sons des voix de son esprit. Il voyage dans une armure toute cabossée et au vernis usé par le fil des années, mais d’un pas chaque jour plus avertit, il court, il court avec insouciance des lendemains, cette insolence de ne jamais se retourner, ni même songer à modérer cette course effrénée, parce qu’il n'a été programmé que pour une seule destinée : la Vie. 



Un matin d’octobre 2038, dans un communiqué cyberespace il apprend que l’origine de son souffle vient de quitter la terre - destination : l'autre monde, l’univers d’après. C'est alors qu'en rejoignant la frontière pour un dernier « ad aeternam », ses champs magnétiques perdent leurs repères, ses boussoles génétiques s’affolent, il perçoit d'étranges battements qui résonnent si fortement dans sa cache thoracique que ses entrailles se déchirent, mettant en lambeau toute la mécanique de ses certitudes, le projetant ainsi dans l’abysse du néant où son esprit perd tout équilibre, son corps vacille le plongeant dans l’abîme du chaos. Pour la première fois de son existence, il prend conscience que sa voie, son souffle, sa lumière, son essence originelle viennent d’atteindre la « deadline » et comprend que sa course frénétique ne fut guidée que par son incapacité à imaginer l’inéluctable ou encore son refus à se préparer à rencontrer un jour l’évidence : « du temps qui nous rattrape ».

Esther Kä © 


© Esther KÄ





2 commentaires:


  1. Il faut dans ce bas monde aimer beaucoup de choses,
    Pour savoir après tout ce qu’on aime le mieux :
    Les bonbons, l’océan, le jeu, l’azur des cieux,
    Les femmes, les chevaux, les lauriers et les roses.
    Il faut fouler aux pieds des fleurs à peine écloses ;
    Il faut beaucoup pleurer, dire beaucoup d’adieux.
    Puis le cœur s’aperçoit qu’il est devenu vieux,
    Et l’effet qui s’en va nous découvre les causes.

    De ces biens passagers que l’on goûte à demi,
    Le meilleur qui nous reste est un ancien ami.
    On se brouille, on se fuit. – Qu’un hasard nous rassemble,

    On s’approche, on sourit, la main touche la main,
    Et nous nous souvenons que nous marchions ensemble,
    Que l’ame est immortelle, et qu’hier c’est demain.

    Alfred de Musset

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  2. Merci pour ce délicat partage Cher Patrick Alfred Mandon de Musset.

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