15/12/2012

Tuer l'auteur (extrait 1)


Vous vous affublez de ce velours élimé parce que vous avez observé une coïncidence étrange : lorsque vous le portez à une soirée, il y a des filles sublimes. 
Vous n’avez aucune explication. 
Le seul hic étant que, tout grand écrivain que vous soyez, le port dudit pantalon décourage les filles sublimes de partager votre contiguïté. Mais ce soir c’est différent, vous êtes drôle, ensorcelant, et l’une d’elles vous enduit d’une avidité palpable. Il faut dire que vous vous arrangez pour être toujours face à la fille sublime, vous êtes conscient que le pantalon vous nihilise le fessier. 
(Vous ne pouvez empêcher les vaguelettes de défiance de déferler sur votre émoi, et si elle cherchait tout bêtement à vous courtiser pour vous fourguer un manuscrit ?) 
Quand elle vous demande si vous voulez la raccompagner chez elle, vous vous faites un peu prier mais finissez par accepter, et, lorsqu’elle fourre sa langue sublime dans votre bouche, vous n’avez plus aucun doute, elle va vous proposer de monter boire un dernier verre. 
Vous refusez tout net car vous n’êtes pas disposé à l’écouter vous vanter les qualités d’un texte vraisembla­blement nimbé de rebattu. 
Sur le chemin du retour, vous lancez une pierre dans l’eau du fleuve, et le caillou ricoche sur un rien, mais pas tout à fait, d’incertitude, et si la fille sublime avait du talent ? 







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