20/12/2012

Tuer l'auteur (extrait 2)


Vous revoyez la fille sublime parce que vous vous êtes donnés rendez-vous à la terrasse de votre café préféré. 
Après des premiers mots spartiates et éthérés comme il se doit : 
— Elle va bien ? 
— Elle va plutôt bien, et lui ? 
— Pas trop mal non plus. 
Même si vous êtes un peu amoché aujourd’hui, vous ne voulez pas paraître grincheux et plomber l’ambiance. 
—Café ? Thé ? Coca ? Qu’est-ce qu’elle prendra ? 
— La même chose que lui (au fond elle s’en fiche). 
— Alors deux thés verts, s’il vous plaît ! 
Elle pose son grand sac, duquel émerge une forme à quatre angles carrés juste à côté de vous, et elle en profite pour, à nouveau, jouer de sa langue sublime avec la vôtre, dans un subtil macramé bucco-palatal. 
Vous sentez votre érotogramme qui frétille, cette fille va finir par vous convaincre de lire son texte, de le préfacer, voire de le publier, et sous votre nom s’il s’avère bon. 
Vous plantez un œil dans les siens et laissez glisser le second sur la couverture du présumé manuscrit, mais vous ne déchiffrez rien d’autre que le nom d’un pays bien trop lointain pour vos éphémères envies d’ailleurs, alors vous revenez bourdonner entre ses deux seins. 
Ce soir, pour une fois, lorsque sur le chemin du retour les vitrines vous renverront votre reflet, vous ne penserez pas à cette phrase d’Andy Warhol : « Il faudrait toujours être très bien maquillé quand on meurt, sinon il faut se faire incinérer ».
Khun San ©

© Hans Mauli




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