05/01/2013

"Le dernier rêveur" (extrait)


Oj est un homme dont la laideur vous bouleverserait.
Il marche, et autrefois c’était dans ce balancement du corps que les mots venaient fracasser ses tempes, violer ce quelque chose d’étonnamment vulnérable qu’il devenait au contact des histoires.
Il sortait de ses poches des petits papiers et sur un banc, un mur, une boite à lettre, sur toutes les aspérités de la ville, et griffonnait ce que le sens du mot suivant lui dictait, une petite musique de l’hommage.
S’il a eu du succès ? Il le dit alors croyons-le, ça l’a aidé à vivre, à dompter la folie. Dompter n’est pas le mot juste, sa folie n’est depuis longtemps plus sauvage, mais apprivoisée et c’est peut-être la pire. Deux ans que les mots ne le traversent plus, ne s'abiment plus en lui pour s'y perdre et vibrer, et pourtant c’est l’homme des commencements, il m’avait confié un jour n’avoir jamais été amoureux longtemps.

Khun San © 

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