13/02/2013

Tuer l'auteur (extrait 5)


Vous ne pouvez pas faire l’amour à une femme sans avoir vu ses pieds, c’est comme ça.
Vous détestez les pieds compactés par les chaussures en pointe qui les font ressembler à des triangles isocèles aux arêtes trop bien dessinées, vous avez en horreur les orteils noueux et d’une longueur à s’en emmêler les phalanges (pied grec à ce qu’on dit), vous ne pouvez amorcer l’évocation de cors, oignons et autres excroissances potentielles sans défaillir,
et les pieds bots, alors là, c’est de l’effroi en mode brut.

Parfois vous pensez à Gimpei ; ce roman, dont il est le héros aux pieds abjectement déformés, vous ronge, et l’idée que ce livre se trouve entreposé quelque part dans votre bibliothèque, agglutiné peut-être à d’autres, qu’il se cache de vous et vous nargue de sa feinte disparition, ça vous anéantit.

Vous avez une grande admiration pour le réalisateur du film « Histoires de pieds » qui a pris les choses par le bon angle, casting et pédicures impeccables, un grand moment dans la marche du cinéma.
Alors aujourd’hui, quand vous surfez sur les pages de toutes celles qui laissent des commentaires sur vos lignes, et parfois entre, vous regrettez que ce talentueux réalisateur n’y ait pas fait quelques rushs exploratoires avant votre passage.

Et les vôtres, de pieds ?
Parfaits, ils sont parfaits.
Khun San © 

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