28/02/2013

Tuer l'auteur (extrait 6)


Vous êtes à la terrasse d’un café, un autre pour une fois, et quelqu’un étale une crème solaire au monoï sur vos fragments de chair rosée qui débordent du parasol sous lequel vous êtes installé. 
Vous laissez votre regard suivre son cours, et soudain vous rêvez de l’enfiler, ce maillot improbable, pour crawler avec mollesse dans le canal, échanger quelques bulles ou déclamer du Prévert avec les poissons urbains, lesquels, dans la ville de l’envers, assistent au spectacle toujours renouvelé des glaces aux mille parfums qui vacillent sous les jupes des filles. 
Au lieu de ça vous contemplez votre désert ambulatoire, tous ces gens, ces voix, ces pixels, et vous esquissez un vague sourire glamour... 
Aujourd’hui vous êtes une star. 
Tous les mots les silences les écarts les poils de nez les soupirs les ridules les cheveux qui devraient y être et n’y sont plus l’impatience le génie les détours les commissures les nuits les lignes les tics les yeux dorés les doutes les personnages les femmes la folie les outrages le soleil les rêves les morts les plus les autant les enfants pas nés les délires les désirs les pourquoi les enfers les rires les toujours, les aujourd’hui, sont ici, à cette terrasse. 
Tout ça sera demain marqueté sur bobine, impitoyablement ; vous auriez été mieux à l’ombre des jupes en fleurs.

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