29/04/2013

Dors - 4 -


Dors petit enfant, dans le silence de tes morts. Dans la quiétude de mes bras retrouvés. Dans ton cœur qui s’est remis à battre. Dans ton sang chaud qui circule, dans ce corps fidèle. Dans cette danse des sept voiles, encore tremblante dans la lumière.

Dors si chère petite fille, nous nous sommes retrouvées enfin. Rejointe dans la matière brute de mon existence. Elle n’est pas bien parfaite, ou régulière, mais je l’entends rire à nouveau. Je retrouve sa légèreté et son originalité. D’avant sa lourdeur coupable et son sens aigu de la vie.

J’ai déposé mes tuteurs. Je vis.

Agathe Elieva © 
extrait de Dors

© René Burri





27/04/2013

Barcelone


Je n'ai pas vraiment été étonnée quand j'ai trouvé ce petit carnet, trouvé dans quel sens lui ou moi peu importe, il brillait sur la table d'un noir un peu moucheté, sous le soleil il apparaissait pailleté (le noir). La ville bruyait, le soleil et les parasols chauffants donnaient aux peaux des teintes rosées, il y avait des cheveux roux et un ciel bleu Klein, un peintre aurait probablement fait quelque chose de cette palette, moi je n'ai fait que saisir entre mes doigts le carnet à la couverture marron, parcourir ses petites pages en commençant par la fin. Des adresses, des numéros de téléphone, du beau monde, mort et vivant, quelques miettes et aussi des gouttes de café ça et là, d'un brun pas complètement désagréable.

A l'ami qui me rejoignait j'ai demandé avant même qu'il ne s'asseye :
- Et toi tu ferais quoi si tu avais trouvé l'adresse de Vila-Matas à Barcelone ?

Il a regardé fixement la ville qui défilait devant nous et au loin, et il a dit assurément rien, je me garderais bien d'en faire quoi que ce soit, en allumant une cigarette dans le coeur du parasol chauffant, je n'avais jamais vu ça. J'ai mis mes lunettes noires, tu m'excuses, il a hoché la tête et on est restés longtemps immobiles et silencieux pour ne rien ajouter à l'agitation de la ville.

Khun San © 
(A la verticale d'EVM)






17/04/2013

Gris perle


Lumière douce et tranquille, la flamme des bougies vacillantes joue avec ton sourire, j’aperçois la fossette enfantine, la courbe des joues, la ligne de ton cou jusqu’à ton épaule. Je me sens vieux et tu es fraîche. Mon âme aboie et hurle aux loups. Il n’y a que le Diable qui me réponde. Le seul à ne pas avoir peur de moi, de ma passion et de mes intransigeances. Je fuis. Comme toujours, comme jamais. Tu me souris et je ne me retournerai pas.
Non. Je ne me retournerai pas. Même lorsque ma nuque pique de mille aiguilles, je ne me retournerai pas espérant retrouver ta silhouette juste derrière moi. Mon corps ce carcan, comme une étoile morte de n’avoir pas su briller à tes côtés. Je ne le ferai pas au risque de voir s’écrouler en petits tas de sable mes espoirs et mon idéal enfuis. 
Je vais droit. Ma nuque raide et mes bras lourds, je me force à chantonner une musique hypnotisante. Un semblant de douceur dans l’univers brut qui m’entoure. Un reste de toi dans ma chair bringuebalante.

Agathe Elieva ©
(Orso - extrait)



10/04/2013

57° 45' S

je loue trop de rêves
demain je me rends
à l'ivresse ordinaire
Khun San ©

© Ken Merfeld





07/04/2013

Virage


On apercevait la longue chevelure de Lune voletant autour de ses épaules délicates. Elle allait et venait dans les reflets du feu, murmurant une prière à l’ordinaire. J’aimais Lune. C’est ainsi et n’y peux plus rien changer. Les arabesques de ses cheveux m’emportaient dans une farandole mystique. La flamme étincelle son cœur, fait miroiter son âme. C'est une histoire de chair et de brûlures. Qu'importe que le temps ait compté. Nos peaux consumées ont vibré dans l'air.

Agathe Elieva ©